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  • : Amicale Philatélique de Nanterre
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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 12:25

L’utilisation du poète NJEGOŠ du fascisme au titisme
Timbres-postes et propagande en Yougoslavie


2.-Njegos, A. Sidoti-1re de couverture-final


Le livre que publie Antoine Sidoti est un exemple original et exceptionnel des liens étroits qui peuvent parfois exister entre la Philatélie et l’Histoire.

 

Comment le timbre a-t-il été utilisé pour servir les destins d’un occupant ? Le point de départ de l’histoire est l’image du verso, cas philatélique unique.


Comment cette émission a-t-elle été utilisée par les occupants successifs pour conforter leurs pouvoirs, jusqu’aux années récentes ?


Comment tous ces évènements ont-ils produit des raretés philatéliques, dont bien peu d’entre nous soupçonne l’existence, alors qu’elles concernent un pays d’Europe à quelques encablures de la France, le Monténégro, pays qui a recouvré son indépendance le 3 juin 2006 et qui est destiné à devenir dans les prochaines années membre à part entière de l’Union Européenne ?Citons l’auteur dans son avant propos : «Disons pour conclure que nous avons voulu voir comment de “simples” timbres-postes sont utilisés comme outils de propagande, et montrer qu’en tant que tels ils sont bien matière à la recherche historique. Sans aller jusqu’à entreprendre une réflexion théorique sur l’imaginaire, la mémoire ou les usages du passé, nous pensons que notre récit constitue la première tentative importante d’une telle étude menée sur un exemple précis».


L’Italie de Mussolini avait bien fait la promesse de ne jamais toucher à l’intégrité du Monténégro. Cette clause secrète avait été signée lors du mariage du prince Victor-Emmanuel de Savoie avec la princesse Jelena [Elena] Petrović Njegoš, en 1896. Mais en avril 1941, l’Italie fasciste, avec la bienveillante acceptation de son allié, l’Allemagne nazie, occupe le pays avec la promesse de remettre sur le trône la dynastie Petrović Njegoš déchue en 1918 et de «libérer» les Monténégrins de l’«occupant» Serbe. Si le Statut annoncé par la «Déclaration du retour du royaume du Monténégro» du 12 juillet 1941 avait pu être promulgué, il aurait donné la mesure de la fausse indépendance promise !


La révolte éclate (dans la nuit du 12 au 13 juillet) contre le prétendu libérateur. C’est un Governatorato qui est finalement institué, sous l’autorité d’un général de l’armée italienne, Alessandro Pirzio Biroli. Par là-même, Victor-Emmanuel III devient roi du Monténégro, en contradiction avec ladite clause secrète.


Le 9 mai 1943, l’administration d’occupation italienne émet dix figurines postales «en l’honneur» de l’illustre ancêtre de la reine d’Italie, le prince-évêque et poète Pierre II Petrović Njegoš (1813-1851), dit Njegoš. Ce sont des timbres Monténégrins émis par l’Italie, mais rien ne le rappelle en apparence. Leur verso porte des inscriptions de textes en cyrillique tirés d’œuvres littéraires du poète tandis que leur recto porte l’inscription du nom «Monténégro» également en cyrillique et il est illustré avec des tableaux de Pero Poček (1878-1963), un artiste d’origine monténégrine, naturalisé italien, familier de la reine et époux d’une filleule du roi d’Italie Umberto 1er. Six figurines complémentaires sont émises conjointement pour la poste aérienne.


 L’analyse des unes et des autres révèle le fond historique et le message de mémoire dont elles sont chargées. C’est ce que s’attache à analyser très finement le livre d’Antoine Sidoti. Les liens de Pero Poček et de Njegoš avec la famille régnante italienne, le choix des tableaux représentés exaltant le patriotisme monténégrin, les extraits des poèmes de Njegoš imprimés au verso, jusqu’au choix des images des timbres de poste aérienne montrant des «paysages» majeurs du pays pour évoquer le passé et/ou affirmer la territorialité du Monténégro.


Paradoxe pourtant, cette série, voulue par le gouvernement fasciste Italien, flatte le patriotisme monténégrin et du même coup se retourne contre ses auteurs, considérés bien sûr comme des libérateurs par certains, mais qui ne sont pas moins à leurs yeux des occupants.


Les «libérateurs» Allemands (en 1943-1944) et le «mou-vement de Libération nationale» des partisans de Tito (en 1945) utilisent à leur tour, en les surchargeant, les mêmes timbres. C’est ici que l’on rencontre les plus grandes raretés. Pour les Allemands, trois surcharges assez «décalées» par rapport à la situation locale de l’époque : l’une d’une «Commission nationale administrative», l’autre pour l’«Assistance aux réfugiés», la troisième pour la Croix Rouge ; comportant toutes des valeurs faciales trop exagérées pour être honnêtes. Pour Tito, il s’agit de célébrer la libération et la reconnaissance de la «Yougoslavie fédérative démocratique», instituée au cours de la guerre de libération avant qu’elle ne soit remplacée par la République Fédérative Populaire de Yougoslavie, le 29 novembre 1945.


Dans la Yougoslavie de l’après-guerre, le pouvoir de Tito continue de vouloir «honorer» Njegoš et son œuvre : en détruisant la modeste chapelle funéraire voulue par l’intéressé sur le mont sacré monténégrin, le Lovćen, et en édifiant à sa place un mausolée digne du régime ; en instituant le «Prix Njegoš de littérature», une sorte de Prix Nobel yougoslave ; en faisant de l’intéressé un «précur-seur» et un champion de l’idéologie marxiste du pays !


Par-delà sa valeur philatélique, l’émission postale du 9 mai 1943 pour le Monténégro est un document historique exceptionnel, unique. L’analyse historique, picturale, littéraire, et philatélique d’Antoine Sidoti est totalement nouvelle. Rapportée à l’histoire passée, elle permet une lecture inhabituelle de lieux de mémoire des Monténégrins, qui n’ont jamais voulu accepter la domination ottomane ni par les armes, ni par la civilisation. Rapportée à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, elle montre un aspect remarquable de la démagogie de l’occupant, qui croit bien faire en flattant l’amour atavique des Monténégrins pour la liberté. En filigrane, nous entrons dans l’œuvre poétique et politique de Njegoš – les publications actuelles le concernant sont inexistantes –, et nous est dévoilée l’œuvre du peintre Pero Poček.


La Seconde Guerre mondiale terminée, l’exploitation démagogique de Njegoš se poursuit. Le pouvoir titiste n’a de cesse de «yougoslaviser» le poète et de « laïciser » le prince-évêque : puisque, comme nous l’avons déjà précisé, il va en faire le «précurseur» de sa propre lutte de Libération nationale «populaire» et «démocratique».

La présence de Njegoš continue de hanter la Yougoslavie post-titiste 45 ans plus tard : pour preuve l’émission «Europa 1998» qui reprend le même thème (les peintures de Pero Poček) et, enfin, après la disparition du nom même de Yougoslavie en 2003, l’État Serbie-Monténégro, avant l’indépendance de l’une et de l’autre en 2006.


Troisième volet du triptyque d’Antoine Sidoti  consacré à la Seconde Guerre mondiale dans les Balkans, L’Utilisation du poète Njegoš … complète
Le Monténégro et l’Italie … (Vol. Ier) et Partisans et Tchetniks ... (Vol. II).

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Published by Nanou - dans Nos écrivains
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