Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Amicale Philatélique de Nanterre
  • Amicale Philatélique de Nanterre
  • : Les réunions sont ouvertes à tout philatéliste, même non adhérent, mais qui souhaite partager sa passion autour du timbre et de la lettre. Réunions 1ers et 3èmes dimanches de chaque mois à 10h. Villa des Tourelles 9, rue des Anciennes Mairies à Nanterre. Adresse E-mail : apn92@free.fr
  • Contact

Profil

  • APN92
  • Réunions de l'Amicale Philatélique de Nanterre - 1ers et 3èmes dimanches
  • Réunions de l'Amicale Philatélique de Nanterre - 1ers et 3èmes dimanches

L'APN

L’association philatélique est le lieu privilégié pour partager sa passion, développer des échanges trouver la convivialité et l’amitié autour d’un loisir commun. Au-delà, elle permet de véhiculer l’information, de découvrir, d’échanger par l’intermédiaire de services structurés. L’association philatélique rompt l’isolement et intègre le collectionneur dans un groupe de contact.

Téléphone : 01 41 37 71 35 (Répondeur)
apn92@free.fr

Recherche

7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 12:34

Connaissez vous la seule poste sous marine du monde ?  En effet depuis le 30 juin 2003, à 10h54 pour être précis s'est ouvert un bureau de poste sous marin au Vanuatu pour marquer le vingt-troisième anniversaire du statut de paradis pour plongeur de ce petit archipel du Pacifique sud.

Vanatu-1.jpg

 

Un peu de géographie :

Vanuatu (ancienne Nouvelles-Hébrides) se trouve dans le pacifique sud, plus précisément vers un archipel composé d'une douzaine de grandes îles (Espiritu Santo, Malekula, Efate, Tanna, etc.), et environ 80 petites îles ou îlots qui dessinent sur la carte une forme en Y.

Le Vanuatu (terme qui signifie dans la langue du nord du pays « notre pays ») est un archipel montagneux de 14 765 km2 mais dont les eaux territoriales s'étendent sur une superficie de 450 000 km2 soit un peu moins que la surface de l'Espagne. L'archipel est entouré par d'autres états : Les îles Salomon au nord, les îles Fidji et Tuvalu à l'est, la Nouvelle-Calédonie au sud. Il s'étend du nord au sud sur plus de 850 Km.

Vanuatu se situe à environ trois heures d'avion de Sydney et deux heures d' Auckland, en Nouvelle-Zélande.

Nom officiel : République de Vanuatu

Population : Environ 200 000 habitants

Capitale : Port-Vila sur l'île de Vaté qui concentre 10% de la population de l'archipel.

Les langues officielles sont le français, l'anglais et le bichlamar (un mélange d'anglais 90%, de 4% de mélanésien et un zeste de français) mais c'est plus de 100 langues mélanésiennes et polynésiennes qui sont pratiquées dans la population de cet étonnant pays situé aux confins de deux plaques tectoniques.

Le Vanuatu est une chaîne d'îles volcaniques, jeunes, au relief accidenté. Plusieurs volcans sont en activité constante. Les cyclones tropicaux menacent entre décembre et mars ainsi que les éruptions volcaniques, les tremblements de terre et les coulées de boue dues aux fortes pluies ( 2 à 4 mètres par an dans les îles du nord). Par contre la température de la mer peut varier de 22° à 28°, la baignade est donc possible toute l'année !

Vanatu-carte_rec.jpg

 

Un peu d'histoire :

Dès l'antiquité les scientifiques et penseurs affirmaient l'existence d'un continent gigantesque faisant contrepoids de la masse du continent euro asiatique, « la terre Australis Incognita ». L'exploration du Pacifique est étroitement liée à la recherche de ce continent mythique, de cette terre inconnue regorgeant de richesses ! Habitées ou visitées par des navigateurs polynésiens depuis plusieurs millénaires, ces îles furent découvertes en 1606 par Perdro Fernandes de Queiros, navigateur portugais au service de l'Espagne. Elles furent ensuite visitées par le Français Louis-Antoine de Bougainville en 1774 puis en août 1778 par le fameux capitaine James Cook qui débarqua dans l'archipel auquel il donna le nom de Nouvelles Hébrides. Plusieurs navigateurs se succédèrent par la suite, parmi eux, La Pérouse, qui disparut corps et bien avec tout l'équipage quelque part au nord des Hébrides.

La première installation d'Européens remonte réellement à 1825 lorsque l'Irlandais Peter Dillon établit le commerce du bois de santal avec la Chine. Cette exploitation durera près de 40 ans Puis ces santaliers, pour la plupart originaire d' Australie, se reconvertirent vers un commerce peu reluisant, celui de recruteur (ou plutôt esclavagiste) de main d' œuvre pour les îles Fidji, Queensland et bien d'autres. Il en résultat de nombreux conflits entre la population autochtone et les « envahisseurs ». En 1926 Peter Dillon aventurier Irlandais partit lui aussi en quête du destin de la Pérouse, même si 40 ans après on peut se demander ce qu'il pensait réellement trouver. On peut déplorer que ces îles reculées aient aussi attiré l'attention d'Européens moins recommandables, sans foi ni loi. Les horreurs qui suivirent l'arrivée des premiers aventuriers se sont soldées par une diminution tragique de la population, plus d'un million selon les estimations lors du passage de James Cook à moins de 45.000 habitants.

Lors de la seconde guerre mondiale les Nouvelles Hébrides deviennent une base importante pour les alliés. Le régime condominium (droit de souveraineté exercé en commun par plusieurs pays) officiellement ratifié en 1923 entre les Français et les Britanniques a permis d'éviter un partage géographique en laissant une sphère d'autonomie et de liberté à la population mélanésienne qui put conserver sa propre culture. Au cours des années soixante un mouvement autonome revendiqua les terres sur lesquelles voulaient s'étendre les colons. Après bien des luttes qui mènerons les Nouvelles-Hébrides à l'autonomie en 1975, une pétition fut déposée aux Nations Unies revendiquant l'indépendance qui fut proclamée le 30 juillet 1980 les Nouvelles Hébrides devenant la République de Vanuatu. Après bien des conflits avec la majorité anglophone et la minorité française, la vie politique reste encore marquée par l'opposition de deux communautés linguistiques.

La Vanuatu a adhéré à la Francophonie en 1979 tout en demeurant membre du commonwealth. Depuis 1994, le Vanuatu a remplacé les onze conseils provinciaux par 6 provinces dans le but de responsabiliser les gens et de donner plus de pouvoir aux collectivités locales.

 

Economie :

Environ 80% des habitants sont des ruraux, il vivent surtout de l'agriculture (manioc, taros, bananes, etc.) Et de la pêche. Le pays exporte du poisson surgelé et de la viande bovine. Vanuatu exporte également de faible quantité de manganèse et de cacao. N'oublions pas le tourisme qui, avec un flux de plus de 50 000 personnes rapporte plusieurs dizaines de millions de dollars par année. Les visiteurs viennent pour le moment principalement d'Australie et de Nouvelle-Zélande. La richesse du monde marin, (poissons tropicaux, corail) a déjà fait la renommée de Vanuatu dans le Pacifique. La plongée en apnée et en bouteille vous conduira vers des spectacles inédits.

 

La poste sous l’eau :

Revenons à notre fameuse poste sous marine située au milieu de bancs de poissons tropicaux et de coraux multicolores. Lorsque la poste est fermée, pas de problème vous trouverez à côté du kiosque une boîte aux lettres (visible sur la carte postale).

Bien entendu c'est avec des cartes postales (voir image) spécialement conçues pour résister à l'eau que vous enverrez vos messages. La poste sous-marine utilise également un dispositif de relief pour oblitérer le courrier. Il faut également utiliser un stylo spécial pour écrire sous l'eau ou tout simplement au crayon. Les cartes postales peuvent s'acheter à la poste de Port Vila ou dans les boutiques de l'île. Encore mieux, vous pouvez par le site Internet www.vanuatupost.vu/underwaterPost. acheter des cartes postales vierges ou complétées par l'expéditeur par un message court qui sera écrit sur cartes imperméables et seront ainsi envoyées de la poste sous-marine.

Vanatu-2.jpg

Cette initiative purement « touristique » constitue néanmoins une originalité à connaître et un moyen supplémentaire dans la longue liste des différents modes de transport du courrier.

Vanatu-1-verso_rec.jpg

APN - AVRIL 2011

Repost 0
7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 12:25

 La Poste émet à intervalles plus ou moins réguliers des timbres commémorant la conquête de l’espace. Le dernier a été émis en 2007 et en célébrait le cinquantenaire.

Il n’est donc pas inintéressant de rappeler que quelques souvenirs postaux ont voyagé dans l’espace.


TP-France-2007.jpg

Figure 1

 

Côté Russe, il est possible d’observer des lettres signées des divers astronautes ayant emprunté vaisseaux et navettes spatiales dans le musée de la Cité de l’espace à côté de Moscou.

Côté Américain, les astronautes avaient la consigne stricte de ne pas embarquer de courrier à bord des vaisseaux. Il y eut pourtant quelques exceptions aujourd’hui particulièrement recherchées.

On devait donc se contenter de souvenirs des évènements très « terrestres » tels que cachets souvenirs fabriqués à l’occasion de bureaux temporaires.


FDC-1971-Appolo-14-rec.jpgFigure 2

 

Cependant, la règle fut modifiée à partir de 1983 lors du vol de la navette Challenger STS 8 (8ème vol de navette spatiale). Un timbre fut émis le 12 avril 1983 au Centre Spatial Kennedy, et pour la première fois des enveloppes furent embarquées à bord de Challenger qui décolla le 14 août.


Un premier cachet du 14 août a été apposé sur les lettres, accompagné d’une flamme spéciale commémorative des 25 ans de conquête spatiale. Durant le vol, les astronautes Richard H Trully, commandant, Daniel C Brandenstein, Dale A Gardner, Guion S Bluford et William B Thorntorn apposèrent un cachet daté du 30 août « Aboard Challenger ».


Ce ne fut pas là leurs seules occupations, -on s’en doute !- car ils menèrent une série d’expériences scientifiques relatives à la séparation des molécules par des champs électriques dans du liquide en suspension en vue d’applications pharmaceutiques, ainsi que de nombreuses observations du soleil et de ses satellites.


Un dernier cachet fut apposé lors du retour sur terre le 5 septembre 1983.


Il semble que 100 000 documents de ce type furent constitués, ce qui en fait des objets philatéliques originaux, sans être rarissimes.


Enveloppe-Challenger-recto_rec.jpg

 Figure 3

Enveloppe-Challenger-verso_rec.jpg

 Figure 4

Photo-Navette-Challenger.jpg

Figure 5

APN - AVRIL 2011

Repost 0
7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 12:09

 Un visiteur attentif du Salon Philatélique de l’automne 2005 Porte Champerret à Paris n’avait pas manqué d’observer sur le stand d’un négociant de timbres-poste modernes du monde entier une invitation à acheter les timbres de Harry Potter et de les faire voyager par la « Poste des Hiboux ».

Le succès mondial des livres écrits par l’Anglaise Joanne Kathleen Rowling sur les aventures fantastiques de Harry Potter et ses amis devait tôt ou tard avoir quelques répercussions philatéliques et postales. Une émission de timbres est ainsi arrivée et, plus surprenant une poste d’un genre particulier a vu le jour, la Poste aux hiboux (Owl Post).


Poste-hiboux-6.jpg

 Figure 1

 

C’est la Poste de l’Ile de Man qui a négocié cette initiative avec la société éditrice des ouvrages de JK Rowling. Une série de 8 timbres-poste dédiés à Harry Potter a été émise le 7 décembre 2004. Ils représentent Harry Potter et ses amis proches que sont Ron Weasley, Hermione Granger et Hagrid.

 

Poste-hiboux-4.jpg

 Figure 2

 

 Bien entendu, des cachets « Premier jour » ont été utilisés.

 Poste-hiboux-7_rec.jpg

 Figure 3

La poste de l’Ile de Man a également émis 8 entiers postaux reprenant les gravures de chacun des timbres.

 Poste-hiboux-5.jpg

 Figure 4

Plus original est l’aérogramme également émis, utilisable dans le monde entier.

 

Poste-hiboux-1.jpg

 Figure 5

Plus original encore, l’émission d’une enveloppe pré-affranchie par la OWL POST qui permet de réaliser l’envoi des télégrammes aux destinataires de son choix.

Poste-hiboux-2.jpg

 Figure 6

 

Le mode d’emploi est le suivant :

1)  Vous rédigez le télégramme et inscrivez l’adresse du destinataire.

2)  Vous affranchissez le télégramme avec le timbre de l’Ile de Man.

3)  Vous glissez le télégramme dans l’enveloppe pré-affranchie.

4)  Vous déposez le pli ainsi constitué dans une boîte aux lettres.


Quelques jours plus tard, le télégramme oblitéré de la Owl Post parvient au destinataire que vous avez choisi.

 Poste-hiboux-3.jpg

Figure 7

 

Pour réaliser de tels plis, il faut évidemment acheter le « kit » établi à cette occasion et qui comprend tous les documents décrits ci-dessus.


Evidemment tout cela a un petit côté « fantastique », mais avec Harry Potter, ce n’est pas surprenant.


Et puis, les différents modes de transport du courrier que nous avons connu à travers les âges ne nous ont-ils pas apporté d’autres « histoires fantastiques » qui valent bien celle de la poste des hiboux ?


C’est au même moment qu’ont commencé à courir les bruits sur le sujet de l’émission de la Fête du Timbre 2007 en France : ce fut… Harry Potter, hélas sans hiboux !

APN - AVRIL 2011

Repost 0
Published by APN - dans Insolite
commenter cet article
6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 09:17

Enveloppe-FDC.jpg

Figure 1.  Enveloppe et cachet Premier jour, TROPIXEL, pour la SMPC


L'émission du 25 septembre 2004  consacrée à ce pont est l'occasion d'attirer une nouvelle fois  l'attention sur la production philatélique de cette lointaine collectivité territoriale française de l'Océan Indien ainsi que sur  un type de pont, aussi courant  que peu connu : la famille des ponts dits « Bailey ». 

Mayotte : des émissions particulières reprises en 1997. 

Faut-il le rappeler ? Située par 45°10 de longitude Est et 12°50 de latitude Sud, Mayotte appartient géographiquement et culturellement à l'Archipel des Comores. Mais en 1975, elle s'en est politiquement détaché,  lors d'un référendum, ses habitants refusant de suivre les autres îles comoriennes dans la voie de l'indépendance, préférant trouver une place propre au sein de la République française.  

Aujourd'hui, l'île évolue vers la voie de Département d'Outre-Mer mais n'en est pas un : constitutionnellement, elle a le statut de «  collectivité territoriale spéciale » . Entre autres avantages celui-ci lui permet de disposer de timbres propres : depuis 1997, date à laquelle ont repris les émissions Mayotte, interrompues en 1911. 

Dans l'océan de la production mondiale de figurines postales, celles de Mayotte sont intéressantes pour le collectionneur, à  plusieurs titres : le rythme d’émission est raisonnable : une quinzaine par an et seulement deux PAP en 7 ans ; les sujets des timbres sont un bon reflet de la géographie,  la faune, la flore, la culture, l'équipement et des traditions propres à cette île (musulmane à 95%); la conception des timbres fait le plus largement appel aux artistes locaux. 


L'émission du 25 septembre 2004

Les timbres de Mayotte sont produits par l'ITVF de Périgueux. Comme pour la plupart, le tirage du Pont de la rivière Kwalé a été de 140000 exemplaires. L'impression a été réalisée par feuilles de 25 timbres en offset, au mois d'août 2004.


coindate.jpg

Figure  2. Coin daté 12/08/2004 

La vignette postale est rectangulaire, de dimension 36 x 26 mm. 


L'artiste

 Ce timbre a été conçu à partir d’une aquarelle de Christine LOUZE qui a habité Mayotte durant 4 ans. Auparavant, LA POSTE lui avait confié cinq autres timbres, dont le très caractéristique « Masque de Fête » émis en  avril 2003.

L'aquarelle est une technique très appréciée de ce peintre qui dit aimer ses transparences. De fait, chacune de ses productions postales antérieures a été réalisée avec ce procédé. S'agissant du Pont sur la Kwalé, il lui a permis de restituer au mieux la rivière, ses reflets et ses rives, le paysage forestier tropical environnant, la pirogue et les trois mahorais. Grâce à l'aquarelle,  la rigidité géométrique  de la construction se trouve  parfaitement mise en évidence.


Maquette.jpg

Figure 3. Maquette remise à LA POSTE par Christine Louzé.


Localisation et intérêt du pont 

Situé sur la RN 2, deuxième axe routier majeur de l'île de Mayotte, l'ouvrage enjambe la rivière Kwalé,  presque à son embouchure. Localisé entre les deux villages de Tsoundzou 1 et Tzoundzou 2 sur la commune de Passamainti (cf. cachet 1° jour, figure1), il commande la sortie Sud de Mamoudzou, principale ville de l'Île.


Carte.jpg

 Figure 4 . Localisation (Kwalé s'écrit aussi Koualé)


L'augmentation démographique extrêmement rapide de Mayotte, passée en moins de 20 ans de 90000 à 150000 habitants et celle du parc automobile qui accompagne l'élévation du niveau de vie font  de ce  pont un équipement important de la vie locale, probablement  appelé à être dédoublé à court terme, voire remplacé purement et simplement.
 

Le pont actuel 

L'ouvrage consacré par le timbre a été construit en 1991, à la suite de l'effondrement d'un pont plus ancien en pierre, emporté par une crue : n'oublions pas que nous sommes ici sous les tropiques. Cyclones et pluies peuvent y faire des ravages  dévastateurs.  

Son montage a donc été effectué dans l'urgence. C'est pourquoi, la Direction de l'Equipement a fait appel aux stocks de ponts dits Bailey (voir plus loin)  géré par le Ministère pour faire face aux catastrophes naturelles et/ou aux circonstances exceptionnelles. 

D'une longueur d'un peu moins de 31 mètres, il comporte deux travées, appuyées aux deux extrémités sur deux culées en maçonnerie et, aux deux tiers, sur une pile également maçonnée. Pour fendre le fil de l'eau, cette pile comporte un avant-bec, visible sur les photos.


Coupe-schematique.jpg

Figure 5. Coupe schématique,
selon une fiche de visite de la Direction de l
'Equipement

 

Sa largeur de 4,30 mètres n’autorise qu’une seule file de circulation de 3,50 et un trottoir de 0,80 mètres. Le tablier comporte un platelage en bois, refait en 1998. L'ouvrage est en effet très surveillé et bien entretenu, ce qui explique sa longévité alors que, par définition, ce type de pont est éminemment provisoire.


Panneaux-lateraux-et-trottoirs.jpg

Figure 6 . Panneaux latéraux et trottoir
 du pont sur la Kwalé. Photo de Bruno de Villeneuve


Les Ponts Bailey 

Le pont Bailey fut développé par un Britannique, Donald Coleman BAILEY dans le contexte de la Deuxième Guerre Mondiale. Pour les besoins du Génie Militaire des armées alliées,  Sir Bailey mis au point  un prototype de pont à colombage, d'une force portative de 40 tonnes, composé de sections en acier assemblées par des boulons à écrou et des tenons. Chaque section avait une  hauteur de 1,52 m, une longueur de 3,05, un poids de 272 kg et pouvait être portée par 6 hommes. Par rapport aux ponts traditionnels, les temps de montage étaient des plus réduits, de l'ordre de la vingtaine d'heure !!! 

Le succès du concept fut tel que plus de 650000 sections furent d'abord produites en Grande-Bretagne puis par la suite aux USA et au Canada à une échelle encore plus gigantesque. Durant la seule bataille de Normandie de 1944, pas moins de 1000 ponts Bailey  furent lancés !   Proportionnée au nombre de sections, leur  force portative   variait de 10 à 100 tonnes, la longueur totale de 9,15 à 67, permettant le passage des chars les plus lourds.

Ainsi, ayant plus que prouvé leur efficacité militaire et contribué à la victoire contre l'Allemagne nazie, les « Bailey » continuèrent à être utilisés partout où l'on a besoin d'un pont temporaire ; après un désastre ou sur de grands chantiers.  Sa pose est simple : des camions amènent les composants, le pont est assemblé sur place, un bulldozer procède au poussage d'un côté à l'autre de la brèche à franchir. Au besoin, on glisse des éléments roulants sous le pont. Des nouvelles générations de ce type de pont ont aussi été développées : par exemple les ponts Acrow au Canada.

Le Pont de la Rivière KWALE est dit du type D-D. Dans cette  vaste famille des Bailey,  chaque type de pont est désigné par une appellation double, utilisant les mots « simples » « doubles » et « triple » : le premier indique le nombre de poutrelles élémentaires juxtaposées pour chacune des deux poutres porteuses ; le second, le nombre de panneaux de chaque poutrelle. D-D veut donc dire que chaque poutre comporte 2 séries  de deux hauteurs de panneaux.

Tablier-du-pont.jpg

Figure 7. Le tablier du Pont de la Kwalé et les panneaux latéraux
en montage D-D (Photo de Bruno de Villeneuve)


Et les ponts Eiffel ?

Avant de conclure, il  serait injuste de ne pas évoquer dans cet article le nom de Gustave Eiffel. Celui-ci est en effet attaché à l'île de Mayotte depuis l'époque coloniale. L'actuelle Préfecture, à l'origine Palais du Gouverneur ne doit elle pas ses plans, sinon sa construction à la Société qu'il  créa pour le développement  industriel de ses concepts ? 

De plus, 60 ans avant Sir Bailey, le constructeur du Viaduc de Garabit et sa société avaient mis au point, dès 1879, un type de pont portatif, montable et démontable rapidement, pour les besoins des armées en campagne et pour le rétablissement provisoire des moyens de communication et l'ouverture de voies de pénétration en pays neufs.   

Le principe était le même que celui  repris plus tard par Bailey qui connaissait  les ponts portatifs Eiffel et s'en inspira : utilisation dléments métalliques standards légers (de l'ordre de 145 kg) en ensembles modulaires, montage et poussage sur place.  Divers pays comme la Bolivie ou les Colonies françaises , notamment l'Indochine-, la voirie vicinale française  furent le terrain d'application par excellence de ce genre d'ouvrage, vendu sur catalogue par la Société Eiffel jusque vers 1950.

Pont-portatif-Eiffel.jpg

Figure 8 . Pont portatif Eiffel près de Poitiers sur le Clain. 
Marcel Prade, Ponts et Viaducs au XIX° siècle
.

La grande différence entre les ponts Eiffel et Bailey est d' ordre économique : du fait des quantités produites durant la 2° Guerre Mondiale, les seconds purent être produits à des coûts défiant toute autre concurrence. Ce qui permit à l'Administration française d'en constituer des stocks importants, de l'ordre de la dizaine de kilomètres. Et donc d'en doter Mayotte lorsque la crue de la rivière Kwalé imposa un remplacement d'urgence. 

  

                                                                                                               APN - MK - 30.X.2004 

  

Remerciements :

A Christine LOUZE pour sa maquette et ses informations, à Bruno de VILLENEUVE pour ses photos, à Frédéric BEAUDOIN et Alain DUBROMER, respectivement Président et Secrétaire Général de la Société Mahoraise de Philatélie et de Cartophilie (SMPC), à Ali SOIDIKI de la Direction de la Poste de Mayotte, à la Direction de l'Equipement de Mayotte pour leurs  documents.

Cet article est également publié sur le site web de Michel Wagner «http://www.timbresponts.fr » et dans le. bulletin « Sciences et Techniques » de l'Association Française de Philatélie Thématique (AFPT).

Repost 0
Published by APN - dans Les Ponts
commenter cet article
23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 12:02

Article publié dans le bulletin Sciences et Techniques
de l’ Association Française de Philatélie Thématique
.

Ce pont a un peu plus de 100 ans, à peine. Pourtant différentes erreurs ne cessent d’entourer l’histoire de la construction de cet ouvrage dont la représentation philatélique reste l’un des « must » de la philatélie du Sénégal. Sur la base d’un dossier établi à l’origine par la Ville de Saint-Louis et d’une enquête complémentaire menée sur place par nos soins, il a cependant été possible de rétablir la vérité historique, nécessaire aussi bien aux spécialistes des ponts qu’aux collectionneurs des différentes illustrations de ce franchissement, emblématique d’une ville et d’une époque.

Fig-1_-faidherbe.jpg

 Figure 1. Carte Postale, Magma 2001.

 

Fig-2_-faidherbe.jpg Figure 2. Tricentenaire de Saint Louis Fédération du Mali YT PA1 de 1959.

 

La ville de Saint-Louis-du-Sénégal fut longtemps la capitale de la Colonie éponyme . Son noyau central, administratif et commercial est bâti sur une île. Il est séparé par le petit bras du fleuve Sénégal des banlieues de Guet-Ndar et Ndar-Toute – où furent construits les premiers villages de pêcheurs sur la langue de Barbarie -  et du continent par le grand bras de celui ci.

Au premier temps de la colonisation, on se rendait à Saint-Louis au moyen de différents types d’embarcations, la pirogue étant la plus commune. Des barges transportaient les troupes encasernées dans l’île ainsi que les chevaux des spahis. Les caravanes peuhles amenant les troupeaux de bœufs faisaient passer ceux-ci par le gué de Bop Nkior.

En 1858, le 10 juin, est inauguré un bac à Rouet-ville, lors de festivités présidées par Faidherbe. Ce polytechnicien natif de Lille, officier du Génie, était Gouverneur du Sénégal depuis 1852 et le resta jusqu’en 1865. La Colonie et une grande partie de l’Afrique de l’Ouest  lui doivent une œuvre d’organisation et de mise en valeur considérable.

Fig-3_-faidherbe.jpg

Figure 3. Faidherbe, le timbre.

 

Le bac pouvait transporter jusqu’à 150 passagers. Il chargeait également des marchandises et des animaux, au rythme de 10 rotations journalières, pour le prix de 5 centimes par personne , 50 par cheval, chameau, bœuf ou voiture.

Très vite, ce moyen de transport s’avèrera insuffisant au regard de l’accroissement du trafic et de l’intensification de l’activité commerciale. Un second bac est adjoint et une chaloupe  mise en service en cas d’urgence : la répugnance des animaux à s’embarquer était constamment facteur de retard. L’escadron de spahis ne put jamais traverser en moins de deux heures, alors qu’ en raison de l’insécurité dans la région, il lui fallait souvent intervenir dans l’urgence. Il arriva qu’à la mauvaise saison le bac soit entraîné en pleine mer, tandis que les chaînes de halage se rompaient périodiquement. Moyennant quoi, le trafic pouvait être interrompu la journée entière.


Le premier pont FAIDHERBE, un pont flottant

En 1860, le capitaine Robin, intérimaire de Faidherbe parti momentanément en métropole, obtient du Prince Jérôme-Napoléon, ministre de l’Algérie et des Colonies, un accord pour l’établissement d’une liaison  permanente.

L’adjudication portera sur un pont flottant. Celui-ci comprenait 40 pontons en tôle - d’un poids unitaire de 40 tonnes -, l’ensemble supportant un tablier en bois. Grâce à une  « portière » de 3 pontons, le passage des navires était assuré .
 

La partie flottante était longue de 355 mètres, pour une longueur totale de 680 mètres. Au total, cet ouvrage coûta 400000 francs. Il fut inauguré le 2 juillet 1865, année du départ définitif du Gouverneur vers la Métropole  Un décret impérial  attribua à ce franchissement le nom de « Pont Faidherbe ».
 

Peu après, un chemin de fer est décidé, construit puis mis en service entre Saint-Louis et Dakar, provoquant une nouvelle et très forte augmentation des échanges entre l’île- restée le centre économique de la Cité et politique de tout le pays,  avec Sor, terminus du train sur le continent . Son ouverture, en 1885, doit s’accompagner de la mise en place de restrictions dans l’usage du pont flottant. Ainsi, un arrêté est pris interdisant la traversée aux véhicules de plus de 1500 kg. D’autant que l’étroitesse du ablier -4 mètres- rendait difficiles  les croisements.

Les coûts d’entretien ne cessent d’augmenter. Une équipe permanente doit affectée au vidage de l’eau infiltrée. L’ouverture quotidienne de la porte pour le passage des bateaux s’avère également plus difficile que prévue. Néanmoins, malgré ces inconvénients et sa dégradation progressive, l’ouvrage restera en service 32 ans.


La décision de réaliser une liaison fixe

Il faut attendre décembre 1891 pour que  le Gouverneur  propose au Conseil Général  de la Colonie un programme de travaux publics urgents. La décision est prise de le financer par un emprunt de 5 millions de francs, dont la part principale servira à payer la construction d’un nouvel ouvrage de franchissement du fleuve Sénégal entre Sor et Saint-Louis.

Un décret du Président Sadi Carnot autorise l’ouverture de cet emprunt. Celui-ci sera souscrit pour un faible taux d’intérêt auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations.

Le Ministère des Colonies organise à Paris la consultation des entreprises candidates à la construction. Ainsi, la Commission du Pont Faidherbe crée au sein du Conseil général du Sénégal recevra les dossiers de 5 entreprises soumissionnaires. Après étude, elle en retient deux :

  • celui de NOUGUIER KESSLER & C°, ancienne maison JOLY,   d’Argenteuil ;
  •  celui de la Société de Construction de Levallois-Perret , anciens établissements EIFFEL.

 

Le choix du projet

Le jugeant techniquement plus étudié, la Commission du Conseil Général propose d’adopter le projet de la  Société de Levallois-Perret, ex-Eiffel, rejoignant ainsi l’avis de la Commission technique compétente instituée à Paris au niveau des Ministères concernés ( Colonies et Travaux Publics).

Mais le chef du Service des Travaux Publics de la Colonie, Robert, et avec lui  certains Conseillers, sont d’un avis différent. Considérant le projet Nouguier- Kessler& C° supérieur du point de vue esthétique, ils plaident très activement en sa faveur et finissent par emporter l’adhésion de la majorité du Conseil colonial, les coûts étant identiques : 1 880 000 francs.

Fig-4_-faidherbe.jpg

Figure 4. Le deuxième Pont, toujours en service,  reproduction de 2 CP
anciennes sur une CP  moderne, éd. MAGMA 2001.

Le pont choisi sera du type « pont-tournant », construit en treillis d’acier, d’un poids total de 1300 tonnes. Sa longueur totale est de 508,60 mètres. Ses travées sont de longueur inégale. L’une mesure 42,92 m, 2 autres 36,55 m, 5 autres 8,26 m chacune.

La construction durera de 1894 à 1897 pour conduire à deux inaugurations successives.

La première – provisoire – coïncide avec les festivités du 14 juillet et est présidée par le Gouverneur Chaudié qui pour ce faire s’installe sur la travée tournante, ouverte pour laisser le passage à l’aviso Amiral.

La seconde sera le fait d’André Lebon, Ministre des Colonies et a lieu le19 octobre.

 

Fig-5_-faidherbe.jpgFigure 5.
 La travée tournante, carte postale semi-moderne.

 

Des mythes qui perdurent

Cette seconde manifestation est l’occasion pour le Président du Conseil Général de la Colonie de rappeler que le financement de l’ouvrage était l’œuvre exclusive du budget de la Colonie, à l’origine de la commande ; l’emprunt souscrit pour ces travaux devant être supporté par elle seule.
Ces propos étaient ils à l’avance une réponse à la rumeur qui s’amplifiait  en métropole, selon laquelle ce pont avait été un don de la France à sa Colonie ?
Par la suite, un autre mythe allait aussi naître  : celui d’un  pont qui, à l’origine, aurait été destiné à une autre colonie (l’Indochine ?) pour être finalement détourné sur le Sénégal…. Et un autre encore : qu’il s’agirait d’un Pont Eiffel alors que précisément, le projet présenté par cette Société avait été écarté par le Conseil général de la Colonie, laquelle, en l’occurrence, avait choisi l’ouvrage jugé par elle  le plus harmonieux artistiquement. Contre l’avis de la métropole.

Mythes qui ont la vie dure. Pour le vérifier, il suffit de lire les différents guides touristiques (français),  sans doute fascinés par la personnalité de Gustave Eiffel  et pas toujours très soucieux d’exactitude. Exemple, parmi d’autres : le Guide du Routard (édition 2003) qui  nous raconte cette énormité : « Construit par Gustave Eiffel pour franchir le Danube en Autriche-Hongrie  et expédié à Saint-Louis en 1897 à la suite d’une gigantesque erreur administrative ! Et finalement, sa longueur convenant tout à fait, on le garda (page 215). » ?!?!?!?

Ce deuxième Pont Faidherbe est toujours en service

Au temps de la colonisation, son image a largement été utilisée comme  emblème du Sénégal. Ainsi, il n’y a pas lieu d’être surpris d’observer que ce pont a  été le sujet de l’une des principales émissions sénégalaises d’avant guerre, de 1935 à 1940, avec de nombreuses surcharges jusqu’en 1944. Un véritable « must » pour la philatélie de ce pays.

Fig-6_-faidherbe.jpgFigure 6. Timbre Sénégal de la série de 1935 yt 114 à 137, dentelé 12 ½.

 

Fig-7_-faidherbe.jpgFigure 7. Carte Maximum de 1937 : Le Pont Faidherbe, vu de Sor.

 

Fig-8_-faidherbe.jpgFigure  8. Timbre Sénégal yt 194  surcharge 10 f sur 15 c., en affranchissement
d’une lettre expédiée le 13 janvier 1945 de Dakar à Alexandrie (Egypte),
nombreux cachets de transit,de censure et d’arrivée
(au recto et au verso)


APN - MK Mars 2011

Repost 0
Published by APN - dans Les Ponts
commenter cet article
14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 21:09

 Entre les secteurs C et D : le téléphérique « espagnol » sur le Whirlpool.

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un pont, un dernier franchissement du Niagara mérite d’être mentionné : on l’appelle Spanish Aero Car. C’est un téléphérique. Au contraire des autres ouvrages mentionnés dans ce dossier, il ne remplit pas de rôle  international puisque ses terminus se situent tous deux en territoire canadien. En fait, il a été construit par - dessus une boucle du fleuve à des fins de desserte touristique durant la belle saison.

Ce transbordeur doit son origine à un groupe d’hommes d’affaires espagnols qui  en apportèrent  le financement une fois obtenu l’accord de la Commission canadienne des Parcs du Niagara et ceux de l’Etat de New – York et du Gouvernement des Etats-Unis ( le téléphérique surplombant le fleuve – à 76 m. – dans son parcours américain).

Fig-29.jpg Figure 25. Timbre Espagne émis le 5 mai 1983 :  les anciennes cabines ont été remplacé depuis.

 

Conçu par l’ingénieur espagnol Leonardo Torres – Quevado, il fut construit à Bilbao en 1913 et mis en service le 8 août 1916. Sa longueur est de 539 mètres et ses cabines transportent 40 passagers entre Colt’s Point et Thomson Point. De son ouverture à 1968, les familles des financeurs en assurèrent l’exploitation technique et commerciale. Depuis, il est devenu la propriété de la Niagara Parks Commission qui l’a rénové en 1984, remplaçant câbles et circuits électriques et l’a ouvert toute l’année après le réaménagement des cabines, isolées du froid en 2000.

Fig-30.jpg

Figure 26. Autre visuel plus récent

 

Le Spanish Aero Car transporte ainsi 220000 passagers par an. Semble-t’il dans d’excellentes conditions de sécurité puisqu’ aucun accident n’y a encore été déploré en près de 90 années de fonctionnement !

 

Tableau récapitulatif des différents franchissements du  Niagara,
établi par secteurs géographiques.

 Michel Krempper   26  mai 2005

Fig-tableau2-copie-1.jpg

 

APN - MK MARS 2011

Repost 0
Published by APN - dans Les Ponts
commenter cet article
9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 20:57

Je ne peux résister au plaisir de vous présenter l’étude réalisée par Michel Krempper (un ami de l’APN et membre de l’AFPT) sur le franchissement par des ponts successifs de la rivière Niagara, située entre le Canada et les USA.

Ce travail exemplaire montre jusqu’où la collection « thématique » peut entraîner son auteur dans des recherches historiques et techniques du plus haut niveau, pour mieux éclairer le volet postal étudié, ici « les ponts ».

Ce dossier est présenté dans son intégralité. Je n’y ai ajouté que quelques documents de ma collection personnelle qui renforcent les illustrations sans modifier d’une quelconque manière le contenu de cette étude de premier plan qui a déjà fait l ‘objet d’une publication dans le supplément « Sciences et Techniques » de la revue de l’AFPT et sur le site que Michel Wagner a consacré aux ponts : http://www.timbresponts.fr/.

Pour les philatélistes passionnés par les ponts, l’histoire du franchissement du Niagara dans la région des Grands-Lacs nord-américains est intéressante à plus d’un titre : D’abord parce qu’en 160 ans, pas moins de 16 ponts furent édifiés  sur un site de quelques dizaines de kilomètres seulement ! Ensuite parce que cette histoire se confond avec celle des premiers grands ponts du continent. Enfin, parce qu’elle a donné lieu à une production philatélique d’autant plus remarquable que nous sommes ici sur une frontière internationale : celle séparant  l’Etat de New- York, USA et  la Province de l’Ontario, Canada.

Sur les seize franchissements lancés par-dessus le Niagara à partir de 1848, seuls six d’entre eux  subsistent aujourd’hui. De ce fait, comprendre la succession de l’ensemble  des différents ouvrages mis en service n’est pas toujours aisé.  En majorité, ils sont venus remplacer des ponts par la suite détruits : soit pour obsolescence, soit par accident.  En outre, certains ont reçu plusieurs dénominations différentes : parfois jusqu’à quatre.  Difficile de s’y retrouver, surtout pour un français !!!  D’autant qu’américains et canadiens ne s’accordent pas toujours sur les appellations …

Afin d’en faciliter la présentation, nous les avons donc  regroupé par secteur géographique, de préférence à l’ordre chronologique. D’amont en aval du Niagara, entre le lac Erié et le lac Ontario  seront ainsi distingués quatre sous-ensembles que nous avons indexé A, B, C et D.

Fig-1.jpg

 

Figure1. Carte de la région des Chutes du Niagara :
localisation des 16 ponts construits depuis 1848 dans les quatre  secteurs étudiés.

 

A la fin du présent dossier, on trouvera un tableau récapitulant  la totalité des ouvrages recensés.

Le premier site choisi pour le franchissement :  à 2 km en aval des chutes (secteur indexé C) 

Le rétrécissement du fleuve le plus étroit se situe au début des Whirlpools Rapids, à environ 2 km des Chutes américaines, en aval. C’est sur ce site  que, dans les années 1840, l’attention se porte en tout premier lieu ; la largeur des Gorges n’y étant que de 244 mètres. Charles Ellet Jr. (1810-1862) un ingénieur passé par l’Ecole Polytechnique de Paris, conçoit et propose un pont suspendu, sur le modèle  des  ouvrages précédemment livré par ce constructeur à Fairmont, Pennsylvania  ou conçus par lui pour St. Louis Mississipi,  Middletown, Connecticut, Georgetown sur le Potomac.

Au niveau de la maîtrise d’ouvrage, deux compagnies se mettent en place : la Niagara Falls Suspension Bridge Company of Canada et l’International Bridge Company of New-York. Elles fusionnent en 1847 avant de confier à  Charles Ellet la maîtrise d’œuvre du pont à l’issue d’une phase de  mise en concurrence avec d’autres concepteurs.

Immédiatement va se poser le problème de l’établissement d’une jonction entre les deux rives, séparées par des gorges, particulièrement profondes à cet endroit. Un jeu-concours sera organisé entre amateurs de cerfs-volants, qui permet de le résoudre au bout de 2 jours de compétition, à partir de quoi sera lancé un premier câble au dessus du fleuve puis, installé grâce à lui, un premier système transbordeur entre les deux rives.

De part et d’autre du fleuve, deux tours en bois de 15,20 m. sont édifiées. Un panier métallique soutenu aux câbles circule de l’une à l’autre. Conçu pour faciliter la construction du pont, le transport des matériaux et des ouvriers mais accessible au public moyennant un péage de 1 $, le système, inauguré le 12 mai 1848, va transporter quotidiennement 125 personnes.

Le premier franchissement fixe édifié pour les besoins de la construction du pont de Charles Ellet  à l’aide de ce transbordeur sera une passerelle piétonne, large de 0,91 mètres (ici indexé C1). Egalement  ouvert aux touristes, son passage est ramené à  35 cents pour un aller-retour.

Le premier pont suspendu (ici indexé C2) comportera une voie carrossable. Il  sera, lui, ouvert au trafic le 6 août 1848 après son inauguration officielle le 1er août. Sa longueur est de 232 m, sa largeur de 2,4 mètres. La chaussée en bois de chêne surmonte le fleuve de 66 mètres. L’ouvrage est supporté  par 4 câbles  et 4 tours massives hautes de 24, 3 mètres, également en bois.

Fig-2.jpgFigure 2. Le pont de Charles Ellet Jr

 

Rapidement un contentieux va éclater entre la Compagnie internationale du Pont Suspendu des Chutes du Niagara et Charles Ellet Jr. ainsi que sa famille : le niveau des péages et leur mode de perception en sont l’enjeu principal. Le désaccord entraînera l’arrestation du frère d’Ellet  en octobre 1848. A la suite d’un jugement condamnant le constructeur et ses proches, le premier pont sera démonté . D’autant qu’ entre temps, il s’était avéré sujet à de trop fortes oscillations les jours de vents qui, ici, peuvent être particulièrement puissants, d’une force sous-estimée par Ellet.

Le lancement d’un nouvel ouvrage va être confiée à l’un des concurrents malheureux  du premier concours: John Augustus Roebling dont le projet écarté en 1848 sera repris en 1853.

Il s’agit  donc du troisième franchissement fixe sur ce site (ici indexé C3). La première locomotive passera le pont le 8 mars 1855 et la mise en service définitive se fera le 8 août après l’inauguration officielle le 8.

Fig-3.jpgFigure 3. Bloc de timbres émis aux USA  le 8 février 1948. Pour célébrer le centenaire
du franchissement, la Poste américaine a préféré le pont de 1853-55 au premier pont sur le Niagara.
Erreur philatélique car celui de 1848ne comportait qu’un seul niveau et était inaccessible aux chemins de fer.

 

A la différence du pont de Charles Ellet réalisé sur un seul niveau, le pont de Roebling est à double-étage, portant une voie ferrée sur le tablier supérieur, une voie charretière sur le tablier inférieur. Il avait une travée centrale de 250 m d’axe en axe des pylônes. Ceux-ci étaient en maçonnerie et  couronnés de chapiteaux en fleur de lotus, dans le goût égyptien dominant à l’époque. La rigidité du tablier était obtenue par deux poutres latérales espacées de 5,79 m. entre les deux voies. Ces poutres à treillis, à mailles serrées , étaient en bois ainsi que leur montants verticaux espacés de 1,50 m ; les diagonales étaient en fer rond. Les 4 câbles porteurs comportaient chacun 3640 fils.

Fig-4.jpg

Figure 4. Le pont de John Augustus Roebling

 

Notons que ces câbles étaient issus de l’usine antérieurement crée par Roebling pour la réalisation des éléments nécessaires aux différents ponts suspendus confiés à cet ingénieur, immigré d’Allemagne depuis seulement 1831 mais  qui sut rapidement s’ imposer aux USA comme industriel et constructeur d’ouvrages de travaux publics et dont plus tard le Pont de Brooklyn sera le chef d’œuvre, grâce à une suspension également produite par cette manufacture.

Les câbles de la nappe supérieure avaient une flèche de 16,45 m, ceux de la nappe inférieure une flèche de 19,50 m. Les poutres étaient portées tous les 1,50 m. par des suspentes verticales attachées aux câbles principaux et aux montants verticaux des poutres. Au voisinage des pylônes des haubans complétaient le dispositif, donnant à ce pont comme à tous les autres conçus par cet ingénieur, une allure bien particulière.

Fig 5

Figure 5. Elévation schématique du pont de Roebling dans sa forme première, selon Marcel Prade

 

Les ponts de 1848 – 1853 sont implantés dans un site relativement vierge et à distance de la petite localité de Niagara Falls. C’est pourquoi, afin de loger le très nombreux personnel du chantier de  Roebling, l’on va édifier deux cités nouvelles, de part et d’autre  du fleuve . Du coté canadien commedu côté américain, elles vont recevoir le même nom de « Suspension Bridge ». Conçues sur le mode des cités ouvrières de l’époque, elles sont dotées des principaux services nécessaires à la vie quotidienne. Parmi eux  un Bureau de poste, ou plutôt deux : celui de Suspension Bridge, New – York et celui de Suspension Bridge, Ontario. Fait intéressant pour les philatélistes : chacun reçu son timbre à date !

Fig-6.jpgCarte de Suspension Bridge NY de 1875

Fig-7.jpg

Lettre du 29 juillet 1853 de Dunville (Canada) pour Landesky aux US. Elle a transité
par Ste Catherine (Canada)le 30 juillet puis par le bureau de Suspension Bridge,
côté canadien, le 1er août.  Le tarif est de  6 pences  augmentés d’une taxe canadienne de 10cts
(marque linéaire).  Cette taxe représentait peut-être la rémunération du service pour
le passage du pont, car la traversée de celui-ci était soumise à péage.

Fig-8.jpgLettre du 18 novembre 1858 de Stamford (Canada) pour New York (USA) ayant également transitée
par le bureau canadien de Suspension Bridge. La taxe de 10cts en sus du tarif de 6 pences
figure également sous forme d’une marque linéaire.

Fig-9.jpg

Figure 6. Lettre pour Williamsville, Erié, cachet  Suspension Bridge, NY,  21 septembre 1861, en noir

 

Les courriers passés par le Bureau de Suspension Bridge, New-York sont cependant plus nombreux que ceux de son homonyme canadien car la cité américaine était plus importante. Les deux Bureaux perdurèrent bien au-delà de la durée du chantier, celui de l’Etat de New -York jusqu’à l’absorption de Suspension Bridge, NY par la localité de Niagara Falls, en 1896. Différents types de cachets sont connus.

« Suspension Bridge » servit aussi de marque de passage apposée sur le courrier international. Son utilisation fut plus tardive.

Fig-10.jpgFigure 7. Courrier passé par le Transfer Office Suspension Bridge, NY,  le 21 septembre 1940, cachet des Douanes US  Niagara Falls, cachet ferroviaire,  marque canadienne  Toronto & Niagara Falls RPO n°2.

 

L’ouvrage initial de Roebling reçut ultérieurement plusieurs transformations  : entre 1877 et 80, des câbles sont changés, les ancrages modifiés, et les poutres de rigidité en bois remplacées par des nouvelles poutres, entièrement métalliques ; en 1886, les pylônes maçonnés laissent la place à des pylônes également métalliques . Mais ces modifications sont sans effet sur la capacité du pont. Face à l’augmentation du poids des convois et du nombre de trains journaliers, les jours du premier pont ferroviaire sur le Niagara sont comptés. La décision est prise de le remplacer.

Le nouvel ouvrage est mis en service le 27 août 1897. Conçu par Leffert L. Buck, il porte plusieurs noms : Lower Arch Bridge ou encore First Steel Arch Bridge et aussi Lower Steel Arch Bridge, il devint officiellement Whirlpool Rapids Bridge en 1939. (Nous l’indexons ici  C).

Fig-11.jpgFigure 8. Lower Steel Arch Bridge, devenu Whirlpool Rapids Bridge en 1939. Entier postal canadien, one cent,
timbré sur commande du Grand Trunk Railway System,1899 , collection MK

 

L’ouvrage réalisé est un pont métallique en arc à double articulation et tympans rigides triangulés. A l’instar de son prédécesseur suspendu, le tablier est à double étage, le second  également affecté au trafic ferroviaire. Son ouverture est de 167,75 m entre articulations et sa flèche de 34,77 m. Deux petites travées métalliques de 35,08 m encadrent l’arc, portant la longueur totale du pont de Leffert. L. Buck à 237,91 mètres.

Fig-12.jpg

Figure 9. Elévation et coupe du Lower Steel Arch Bridge, selon  Marcel Prade

 

A souligner que durant toute la durée du chantier les circulations routières et ferroviaires ne connurent aucune interruption ! Le pont de Roebling ne fut démonté totalement qu’après la mise en service de son successeur, la seconde structure s’appuyant sur la première tout au long de son montage. Ingéniosité et débrouillardise à l’américaine !

Sous sa dénomination de Whirlpool Rapids Bridge le pont de 1897 est aujourd’hui toujours en service. Il assure  le trafic transfrontalier de Conrail - Via Rail, lointaine héritière du Grand Trunk Railway System, après une histoire ferroviaire tumultueuse.

Le même secteur voit s’édifier un autre ouvrage, commencé le 15 avril 1883, inauguré le 20 décembre 1884. (indexé par nous C 5). Son promoteur en sera la Compagnie du Michigan Central Railway (M.C.R.). Celle-ci avait longtemps utilisé le pont suspendu de Roebling avant de décider d’avoir son propre pont, mais finit par trouver excessif le niveau des péages exigés par le propriétaire. Le nouveau pont conçu par Edmund Hayes fut édifié à proximité immédiate du  précédent, légèrement en amont. Ils sont tous deux en co-visibilité.

Fig-13.jpg

Figure 10. Le pont cantilever du Michigan Central Railway

 

Le pont du M.C.R. sera de type cantilever, en fer forgé et en acier, D’une longueur totale de 262,40 mètres, trois travées le composaient, mesurant respectivement 59,53 m, 143,34 m, 59,53 m. La travée médiane était faite de deux consoles de 53,57 m. réunies par une travée indépendante de 36,60 m. Deux piles métalliques montées sur les berges du Niagara supportaient l’ensemble.

Le pont cantilever du Michigan Central Railway avait été calculé pour des trains pesant 3 tonnes par mètre linéaire, remorqués par deux locomotives de 66 T., trains-types de l’époque.  L’augmentation du poids des trains imposa rapidement le renforcement de l’ouvrage par l’adjonction d’une poutre axiale. Néanmoins, la fatigue du métal constatée aux oeils d’articulation des barres de triangulation imposa un remplacement.

Celui-ci intervint en 1924-1925. Un nouveau pont fut donc édifié, localisé entre le pont initial du M.C.R. et le First Steel Arch Bridge de 1897. La structure des deux ouvrages est très semblable. On donna au second le nom de New Michigan Central Railway Steel Arch Bridge (indexé par nous C 6).

Fig-14.jpg

Figure 11. Elévation du pont ferroviaire en arc de 1925, selon Marcel Prade

 

En effet, pour le réaliser, le concepteur William Perry Taylor s’inspira très fortement d’un projet  présenté au M.C.R. par Leffert L. Buck  avant le choix du cantilever quarante ans plus tôt. Ce dernier sera démonté sitôt l’ouverture du nouveau pont ferroviaire.

Toujours utilisé aujourd’hui, il est  propriété du Canadian Pacific Railway depuis 1990, Auparavant, l’ouvrage changea plusieurs fois de mains au cours de sa courte histoire.  A l’instar de ses voisins, il est aussi  un bon reflet de l’histoire tumultueuse des chemins de fer nord-américains.

Les ponts proches des chutes (secteur indexé B)

Fig-15.jpg

Figure 12. Carte géologique extraite de l’US Geological Suvey, 1911,
feuille Niagara Falls & Tonawanda, collection M.K.

Plus près des chutes américaines, à une distance d’environ 500 mètres, quoique d’une configuration moins favorable que le précédent, le site offrait des opportunités également intéressantes : trois ouvrages s’y sont succédés.

Le premier porte le nom d’origine de Niagara Falls Bridge, - ou encore Falls View Suspension Bridge- étant donnée la proximité des chutes ( notre index B 1). On l’appelle aussi  Upper Suspension Bridge puisqu’il s’agit en effet d’un pont suspendu localisé en amont des précédents. Mais il reçu également une quatrième dénomination : Clifton Bridge, à cause d’un hôtel célèbre, le Clifton House, voisin de l’extrémité canadienne du pont. ( Le Clifton House fut détruit par le feu en 1898).

Sa construction remonte à 1867-68 et a été dirigée par l’ingénieur canadien Samuel Keefer. Mis en service en janvier 1869, il comportait une travée centrale de 368,74 mètres, la plus longue du monde pour l’époque avant que le pont de Brooklyn ne vienne le surpasser 14 ans plus tard. Plus long que le pont de Roebling (C 3) puisque le fleuve est plus large dans cette partie du site, il n’a cependant pas les mêmes fonctions : dans sa conception initiale, le pont de Keefer n’était destiné qu’aux piétons et aux charrettes légères. Il est étroit : sa largeur atteint tout juste 3,05 m, n’autorisant le passage des charrettes que dans un seul sens. Les pylônes sont en bois. Un escalier du côté canadien et un ascenseur du côté américain permettaient d’accéder à leur sommet, d’où pouvait être apprécié le formidable spectacle des chutes du Niagara : le dimanche suivant l’inauguration, pas moins de 10000 passages furent enregistrés.

Puis l’on va entrer pour de bon dans l’âge du fer. Devenu beaucoup plus économique, ce métal vient, en 1884, remplacer le bois des tours et du tablier. Trois ans plus tard Leffert L. Buck dirige les travaux de réfection des câbles et des ancrages ; la portée est passée à 386 mètres.

Fig-16.jpg

 Figure 13. Rare carte publicitaire de 1888 (Advertising trade card), collection MK

Malheureusement, un ouragan particulièrement ravageur vient précipiter l’Upper Suspension Bridge tout juste rénové dans les eaux du fleuve sous 46 m. de profondeur, où une partie de la structure repose encore aujourd’hui. Ce crash se passe la nuit du 9 au 10 janvier 1889, 3 h. 20. Ce ne sera cependant pas la dernière catastrophe connue ici.

La reconstruction est immédiatement décidée et entreprise à l’identique, sous la direction de G.W. MacNulty. Le 7 mai 1889, 117 jours après le désastre,  un second Falls View Bridge est ouvert à la circulation, légèrement plus large que le précédent avec une voie de 5,1 mètres. (index B 1 bis).  Mais il souffre malheureusement  des mêmes faiblesses structurelles que le premier, face aux vents latéraux très violents : en janvier 1890, une nouvelle tempête est prête à l’emporter. Cette fois, ce pont suspendu, tel le roseau de la fable « plie mais ne rompt pas ».

Un ouvrage de remplacement est néanmoins décidé. Car à la fonction initiale du pont, on va vouloir rajouter une fonction ferroviaire. En effet, le développement de l’urbanisation et la révolution des transports ont conduit, à la mise en place de tramways électriques, tant du côté canadien que du côté américain. Pour en optimiser le fonctionnement,  le raccordement des deux réseaux apparaît indispensable.

Fig-17.jpg

Figure 14. L’Upper Suspension Bridge rénové

Bien qu’insuffisant pour supporter le trafic des tramways lourds, le second Falls View Suspension Bridge n’en est pas inutile et obsolète pour autant. Après l’érection de son successeur, il sera démonté pour être simplement déplacé en aval. Avec les débris récupérés du premier pont effondré en 1889, il y deviendra le second  Queenston – Lewiston Suspension Bridge (voir ci après référence D 2)

Dans le secteur proche des chutes, la suspension - passée de mode - va dès lors laisser la place a un pont en arc à double articulation ( index B 2).

Il s’agit du Upper Steel Arch Bridge, encore appelé Falls View Bridge, également surnommé Honeymoon Bridge ( «  pont des lunes de miel », les chutes du Niagara étant une destination très prisée pour les voyages de noce, au Canada comme aux Etats-Unis !).

Fig-18.jpg

Figure 15. Timbre émis aux USA le 5 janvier  1901 dans le cadre de la Pan-American Exposition :
un tout  petit timbre pour ce qui fut la plus grande arche  métallique du 19ème siècle.

La portée de son arc sera 256,20 mètres. Courbe, triangulée, ce sera la plus grande arche métallique du XIX° siècle ans le monde. La chaussée avait 17 m. de large avec en son centre un site propre pour les tramways électriques. Bénéficiant de la présence des câbles de l’ex-pont suspendu, les travaux furent très rapidement menés grâce à un transbordeur de chantier installé sur l’ancienne structure. Démarrés en 1895, ils furent achevés en trois ans ;la  circulation fut ouverte le 30 juin1898. 

Fig-19.jpg

Figure 16. Upper Steel Arch Bridge

Las ! Moins de 40 ans plus tard, ce deuxième pont allait à son tour être emporté par les éléments naturels. Le 27 janvier 1938, une énorme accumulation de glace se forme au niveau des retombées de l’arche. Sous la poussée de cette masse, les articulations du pont cèdent : le Honeymoon Bridge s’effondre à son tour au fond de la  Gorge. Etrange fatalité !

Fig-20.jpg

Figure 17. Après la catastrophe du 27/1/1938

Son remplaçant – car il en faut bien un, tellement ce pont était devenu indispensable aux échanges trans-frontaliers– sera décalé de 170 mètres en aval (notre index B 3). Il sera dénommé Rainbow Bridge ( traduction littérale : « pont de l’arc en ciel »). Non pas  - comme cela est souvent écrit, à tort- à cause des magnifiques arcs-en-ciel dus au voile d’écume montant fréquemment des profondeurs de la Gorge mais tout simplement parce qu’aux Etats-Unis, tous les ponts en arc par – dessus ou par – dessous, dont le tablier est porté par des suspentes ou des montants verticaux, espacés,  sont qualifiés de « Rainbow Bridges ».

Fig-21.jpg

Figure 18. Le Rainbow  International Bridge dans son site.
Entier postal canadien, carte pré-payée sans valeur faciale, validité monde, collection MK

L’ouvrage, conçu par Waddell et Hardesty et construit par  Bethleem Steel Corporation sous la direction d’Edward P. Lupfer, s’appuie en effet sur un arc encastré, en acier, de 289,75 m de portée, constitué de deux caissons de 3,65 x 0,90 m réunis par des entretoises en treillis de 3,65 m de hauteur. Sa largeur est de 17,10 m entre axes des caissons. Il nécessita 5500 tonnes d’acier.

Ouvert à la circulation le 1er novembre 1941, le Rainbow International Bridge est toujours en service.

Fig-22.jpgFigure 18B. Le Rainbow Bridge, le tablier et ses rambardes.
Carte postale Curteichcolor, collection MK

Les ponts proches du Lac Erié, près de la ville de Buffalo, USA
(secteur indexé A)

Les franchissements du Niagara ne se limitent pas à ceux situés au voisinage immédiat des chutes. Il faut d’abord citer deux autres ponts construits en amont, dans la région de Buffalo, près du Lac Erié.

L’ International Railway Bridge (indexé par nous A 1) fut le second pont ferroviaire lancé sur le Niagara, à l’initiative du Grand Trunk Railway System ( le premier étant, rappelons le, le Pont suspendu de Roebling).

Proposé dès 1857, la guerre de Sécession retarda sa réalisation jusqu’à la mise en place d’une Commission internationale créée entre l’Etat de New-York et le Parlement du Dominion canadien.  Il ne fut donc construit qu’ entre 1870 et 73. Il  était constitué de sept travées à poutre latérale en fer,  de portées variables : de 59 à 75 mètres selon une conception due à Casimir Stanislas Gzowski et à D.L. MacPherson, ingénieurs associés.  Son édification fut  rendue particulièrement délicate par  la violence du courant, les fluctuations du niveau du fleuve ainsi que les glaces.

Du fait du matériau utilisé, le fer, il devint rapidement obsolète. Ainsi, en 1901 un nouvel ouvrage, en acier, le remplace  (index A 2). Le cheminement piéton est supprimé, ce qui va permettre la pose d’une deuxième voie ferrée, rendue particulièrement nécessaire par l’augmentation du trafic transfrontalier. Quelques années plus tard, ce deuxième pont supportera 264 trains en moyenne journalière !  Dans sa structure de 1901, il a servi jusqu’en 1993, date de sa rénovation et de son renforcement financés par le  Canadian National Railway.

Fig-23.jpg

Figure 19. L’International Railway Bridge

L’ensemble de l’ouvrage mesure 1113 mètres de long avec ses accès. Il se divise en trois sections : de la rive canadienne par-dessus le Niagara jusqu’à Squaw Island : 599,6 m. – le passage de Squaw Island : 355,7 m. – le franchissement du Black Rock Canal : 157,5 m.

Dédié au chemin de fer exclusivement, l’International Bridge se révèlera assez vite insuffisant pour faire face à la diversité des besoins de transport dans cette région bi-nationale de Buffalo – Fort Erié. Déjà en 1893, un groupe d’investisseurs canadiens s’intéresse à une nouvelle liaison mais recule devant l’importance des coûts. C’est l’explosion du transport automobile, durant les années 20 du XX° siècle, qui provoquera la mise à l’étude du nouveau franchissement, parallèle au pont ferroviaire. Les deux nations entendent également symboliser leur entente par un ouvrage de prestige.

 Ainsi, une Commission internationale conjointe se constitue pour la réalisation de ce qui deviendra le Peace Bridge (notre index A 3). Par emprunt,  4,5 millions de $ US sont levés. Edward P. Lupfer est choisi comme ingénieur en chef.

Le nouveau pont sera construit en amont, à environ 1 km au sud du pont ferroviaire. Cinq arches en acier, d’une ouverture variant entre 105,90 et 129 mètres complétées par une travée à poutre latérales triangulées, portent une chaussée de 37 m. par-dessus le Niagara. Du côté américain, il  se prolonge par un franchissement du Black Rock Canal. La longueur totale de l’ensemble atteint ainsi 1770 mètres, dont 1150 pour les parties en acier dont le poids total est de 9800 tonnes. Parmi les entreprises à qui furent confiés les travaux démarrés en 1925, on retrouve Bethlehem Steel Company, associée à Porter of St. Catherines et Turner Construction de Buffalo.

Malgré les difficultés du chantier provoquées par des courants violents, la première automobile, conduite par l’ingénieur en chef du projet passe le Peace Bridge le 13 mars 1927. Celui-ci sera définitivement ouvert à la circulation le 1er juin ; l’inauguration officielle  se fera  le 7 août, en présence du roi Edouard VIII, notamment.

Fig-24.jpg

Fig-25.jpgFigures 20 & 21. Timbres USA – Canada émis le 8 avril 1977 pour les cinquante ans du Peace Bridge

Depuis il n’a cessé d’affirmer son rôle dans la desserte de cette aire transfrontalière en rapide développement, : emprunté par 800 000 voitures en 1943, le pont verra passer 5,8 millions de véhicules en 1970. Avec un trafic supérieur à 8 millions, il est à présent le franchissement le plus important entre les Etats-Unis et le Canada. Face à sa congestion permanente, son  doublement, à l’identique, a été envisagé en 1993, pour un budget total de 88 millions de $ US. Mais diverses contraintes semblent avoir reporté sine-die la réalisation d’un nouvel ouvrage, puisqu’en 1997 l’entité propriétaire - la Buffalo & Fort Erie Public Bridge Authority - a annoncé un projet plus modeste de réaménagement du pont existant, d’un montant de 17 millions de $ US.

Les ponts aval, entre Queenston, Canada et Lewiston, USA,
vers le Lac Ontario ( indexés D)

Trois derniers  ponts sont enfin à présenter. Il s’agit des ouvrages édifiés en aval des Lowers Rapids (« rapides inférieurs »).

Après la guerre de 1812, ce secteur avait vu s’édifier différentes localités, dont Queenston et Lewiston, de part et d’autre du Niagara, qui devinrent rapidement des nœuds commerciaux par dessus la frontière internationale ; les échanges s’appuyant sur un système de ferry- boat.

Sur proposition d’un ingénieur local, une Queenston Suspension Bridge Company est constituée en 1836 qui recevra la concession d’un pont en 1849, pour des travaux débutés en 1850 sous la direction d’Edward W. Serrel et confiés conjointement à deux entreprises de maçonnerie, canadienne et américaine. Ici pas de cerf-volant pour aider au lancement du premier câble de 317 m. mais un bateau à vapeur tout simplement.

Achevé le 20 mars 1851, le premier Queenston-Lewiston Suspension Bridge (indexé D 1) avait une portée de 257 m. et était large de 6 m. de quoi permettre le passage des piétons et des charrettes pour un péage de 25 c. et un coût final de 40000 $ US. A son ouverture, ce fut le plus grand pont suspendu du monde.

Mais moins de trois ans plus tard, le 3 février 1854, une tempête hivernale le plongera dans les eaux gelées, entraînant le rétablissement des ferries. L’interruption sera de longue durée puisqu’il faudra attendre plus de 40 ans avant qu’il ne soit à nouveau, dans ce secteur,  question d’un lien fixe entre les deux rives.

Curieusement, l’opportunité de reconstruire un pont à cet endroit va être  donnée par la chute de l’Upper Suspension Bridge survenue, on l’a vu, le 10 janvier 1889 (notre réf. B 1) et la décision intervenue dix ans après de démonter son remplaçant (indexé B 1 bis).

Sous la maîtrise d’ouvrage de la Pencoyd Bridge Company,  la maître d’œuvre Leffert L. Buck va en effet se voir confier l’édification d’une nouvelle liaison entre Queenston et Lewiston à partir d’éléments récupérés sur ce qui pouvait l’être de ces  deux  derniers ouvrages.

Le second Queenston – Lewiston Suspension Bridge (indexé par nous D 2)  sera sensiblement plus  long que celui de 1851 et aussi plus large puisqu’il va également devoir supporter une voie des tramways électriques, mode de transport alors en plein développement sur les deux rives d’un site appelé à devenir un centre majeur de  production hydro-électrique. Il pèsera environ 1000 tonnes, dont 800 également récupérés de l ‘Upper Suspension Bridge. En outre, les tours du pont seront agrandies et élevées : jusqu’à  7,9 m. côté américain, 6,7 m. côté canadien.

Fig-26.jpg

Figure 22. Carte postale, expédiée depuis Niagara Falls le 3 août 1927. Les rails des tramways

 sont visibles au centre, les caténaires sur les bords du tablier. Collection MK

Fig-27.jpgFigure 23. Le texte du verso précise qu’à cette date  l’ouvrage est le seul pont suspendu sur le Niagara,
les autres étant des ponts à arche ou à poutre cantilever .
Il donne sa longueur : 1060 pieds soit 310 mètres.

Officiellement ouvert le 21 juillet 1889, cet ouvrage servira jusqu’à sa fermeture le 2 novembre 1962. Puis, après une adjudication pour 118000 $ US à une compagnie spécialisée de Buffalo, il est démoli et ses 1000 tonnes d’acier revendues au Canada.

Depuis 1953, des négociations étaient en effet engagées en vue de l’érection d’un nouveau pont, à plus forte capacité. A leur origine se trouve la New -York Power Company qui propose de réaliser conjointement une centrale électrique, des parkings et une autoroute du côté américain. Les autorités de l’Ontario ayant donné leur accord et promis le financement des voies d’accès au pont du côté canadien, les études s’engagent en 1958.  Elles seront dirigées par les ingénieurs de Hardesty & Hanover associés. La construction sera assurée par Bethlehem Steel Corporation.

La présence du Cabinet Hardesty permet de comprendre les airs de ressemblance entre le nouveau franchissement et le Rainbow Bridge (notre référence B 3) : il en est quasiment la réplique. Le Queenston – Lewiston Steel Arch Bridge (indexé par nous D 3) est en effet, comme son modèle, un pont métallique, en arc encastré. Sa longueur est toutefois supérieure puisque l’arche mesure 304,80 m. et l’ensemble de l’ouvrage 488 m. Son tablier s’élève à 113 m. au dessus du Niagara et supporte quatre voies de circulation.

Fig-28.jpgFigure 24. Queenston – Lewiston  Steel Arch Bridge, réplique du Rainbow Bridge, en plus grand

Il se trouve à 3,2 km au nord du Whirlpool Rapids Bridge (référence C 4) et à un peu plus d’unkilomètre au sud de l’ancien pont suspendu Queenston – Lewiston qu’il remplace officiellement depuis le 1er novembre 1962. Son coût aura été de 16 millions de $ US.

A suivre ...

MK APN Mars 2011

Repost 0
Published by APN - dans Les Ponts
commenter cet article
19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 10:39

De nombreuses arches naturelles issues de l’érosion se donnent à voir sur toute la surface du globe. Les diverses Postes mondiales en ont d’ailleurs consacré plusieurs articles. (Voir sur le site www.timbresponts.fr)


En dehors des géographes et géologues, les historiens des ponts leur portent un intérêt particulier : probablement est ce l’observation de ces créations de la nature qui a aidé les hommes  à imaginer la forme architecturale de l’arc voûté. Peu ont cependant autant frappé les explorateurs, navigateurs et hommes de lettres que l’Arche des Kerguelen, qui fut et reste une  curiosité géographique étonnante malgré son effondrement partiel.

Arche-des-Kerguelen-Carnet-2007.jpg

Figure 1a.- Couverture du carnet de voyage-"paysages insolites" de 2007

Ce monument naturel est situé au nord-est de l’île principale de l’Archipel des Kerguelen, exactement à 48°43’ latitude Sud et 69°04’ longitude Est au bout d’une petite langue de terre qui l’isole nettement de l’île. Ce fut d’abord un rocher percé très élevé (103 m. environ au dessus de l’île) formant une arche rectangulaire caractéristique qui fut remarquée par tous les navigateurs, depuis la découverte en 1774 jusqu’à la première expédition des frères Rallier du Baty en 1908-1909 : à la deuxième expédition Rallier du Baty en 1913-1914, on constata l’effondrement du toit de l’arche. Seules deux colonnes verticales subsistent de nos jours qui ont conservé le nom originel d’Arche des Kerguelen.

kerguelenmaxi.jpgFigure 1b - Carte Maximum, premier jour de l’émission TAAF du 1er janvier 2001 

 Issues du volcanisme originel, elles sont composées de basalte. On peut y voir des morceaux de bois silicifié, attestant d’épisodes climatiques antérieurs nettement plus doux qu’aujourd’hui.


Taaf139A.jpgFigure 2. Carte géologique des Îles Kerguelen, triptyque des TAAF YT139A

 

Elle est comme la porte d’entrée de l’archipel. En fait, elle marque l’extrémité sud-est de la Baie de l’Oiseau, la pointe nord-est de cette baie étant le Cap Français.

Kerguelencarted_taill_e.jpgFigure 3A et 3B. Les Kerguelen, la Baie de l’Oiseau/ Christmas Harbor, le site de l’Arche. 

Elle fut d’abord nommée Le Portail  sur la carte du chevalier de Kerguelen lui-même lorsqu’il la voit pour la première fois en janvier 1774, à son second voyage. L’astronome Le Paule Dagelet qui l’accompagna et fit alors un périlleux débarquement ne manqua pas de la mentionner dans son compte-rendu à l’Académie des Sciences.

taaf222A.jpg

Figure 4. Le chevalier de Kerguelen et le Hâvre de Noël , triptyque des TAAF YT222A

Deux ans après, le capitaine James Cook arrive dans ces îles qu’il appellera d’abord Îles de la Désolation avant de les baptiser  Îles Kerguelen en l’honneur de son prédécesseur. Fair play  mais aussi solidarité entre ces navigateurs de l’extrême ! Il entre dans la même baie le 25 décembre 1776,  nomme celle-ci Christmas Harbour  et baptise le monument Arched - Rock : nom qui lui est définitivement resté, traduit en français par Pointe de l’Arche.  Le Havre de Noël  est l’objet de l’une des plus célèbres gravures qui accompagnent le récit du troisième voyage de Cook, ainsi commentée : «  L’endroit le plus remarquable, la pointe sud, est terminé par un très haut rocher perforé, de sorte qu’il ressemble à l’arche d’un pont. » (souligné par nous. MK )

KerguelenCook3.jpgtaafPA47.jpgFigure 5A et B . Gravure du Récit de James Cook, 1776,
- timbre des TAAF YT PA 47
 

Le dessin du timbre TAAF PA 47 est intéressant à observer et à comparer avec le précédent. La source est la même, à savoir la gravure du récit de Cook. Mais si dans l’illustration du timbre du triptyque, Béquet avait pris quelques libertés, il reste cette fois fidèle au dessin originel.

 Taaf47fdc.jpgFigure 5 c : Fdc du Yt Pa47, avec le cachet premier jour figurant les navires de Cook devant l'Arche

TrTerrorArchedRockKerguelen.jpg

Figure 6. Timbre des TAAF, YT PA 59, 1979    

 

Lors de son voyage de 1840 avec ses deux bateaux, l’Erebus et le Terror commandé par Crozier, J.C. Ross confirmera les observations de ses prédécesseurs. : « La pointe de l’arche, de 150 pieds de hauteur, est composée de basalte. A l’intérieur, on voit des fragments de bois silicifié inclus dans le basalte. »  C’est cette expédition que commémore le timbre des Terres Australe et Antarctiques Françaises émis en 1979 (réf YT PA 59 ). Au format 48 x 36 mm, la vignette dessinée et gravée par Pierre Béquet également  nous montre le Terror  face à l’arche,  telle que Ross pu les voir depuis l’Erebus.  

A la même époque, le monument entre dans la littérature. Avec son roman: « Les Aventures d’Arthur Gordon Pym » édité en 1838 Edgar Allan Poe  en fait une description détaillée . Sans doute l’écrivain américain en avait il eu connaissance par les récits des chasseurs baleiniers de Nouvelle- Angleterre, nombreux à se rendre aux Kerguelen dans ces années là. N.Taylor, baleinier, américain également, en laisse un témoignage direct paru en 1851 : « Au port Christmas, une étroite bande de terre s’avance dans la mer, portant un rocher où les lames ont creusé un passage lui donnant l’aspect d’une voûte en ruine. (souligné par nous. MK). C’est la Pointe de l’Arche mais les marins la nomment communément la Porte du Diable

En 1874, c’est à la très célèbre expédition scientifique du Challenger d’aborder l’île.  Ses rapports s’ouvrent sur une grande gravure représentant l’Arche vue du fond de la Baie de l’Oiseau : comme si ce monument était le plus remarquable rencontré par ce navire pendant tout son voyage autours du globe. « Nettement coupée de la falaise se trouve une grande arche naturelle de 150 pieds de hauteur : un grand phénomène de la nature… » commentera Campbell, son commandant, visiblement impressionné.

 

challenger_and_arched_rock.jpgFigure 7. Gravure illustrant le Rapport de la Mission scientifique Challenger, 1874

 

L’Archipel des Kerguelen devient français en 1893. E. Mercié, Enseigne de vaisseau de l’Aviso l’Eure est chargé de la cérémonie de prise de possession au nom de la République. Il décrira en détail « la fameuse Pointe de l’Arche …vue comme… un magnifique arc de triomphe qui laisse entrevoir le jour à travers son ouverture. »  (souligné par nous. MK)

Les frères Rallier du Baty le suivent en 1908 et seront témoins privilégiés. Après leur première expédition Raymond précise : « l’entrée de la baie a un mille de large avec … au sud un rocher de 150 pieds. La mer , sans relâche, y a creusé une arche large de 100 pieds, par laquelle, d’un certain angle on aperçoit la côte, des falaises et des rochers imposants s’étendant loin à l’horizon. » »  Puis, surprise ! Et de taille ! Lors de la deuxième expédition Rallier du Baty en 1913, on ne peut que le constater : dans l’intervalle de quatre années, le toit de la fameuse arche s’est effondré. …

Constat confirmé en 1931 par le géologue français E. Aubert de la Rue et paru dans son « Etude géologique et géographique de l’Archipel des Kerguelen », ouvrage de référence fruit de quatre campagnes menées avec son épouse en 1928-29, 1931, 1949-50 et 1952  : « Le recul des falaises et les effets de l’érosion marine se traduisent par la présence de rochers aux formes singulières, tels l’Arche aujourd’hui effondrée et formant deux tours comparables à celles de Notre-Dame à l’entrée de la Baie de l’Oiseau. » (souligné par nous. MK)
 
Ce sont ces deux tours que, sous le titre : « l’Arche des Kerguelen »,  représente le timbre émis par les TAAF le Ier janvier 2001. Référencée par YT sous le n° 296, cette vignette postale dentelée 13 mesure 48 x 36 mm. Remercions M. Jubert d’avoir, par la taille-douce, réussi à exprimer la monumentalité des vestiges de ce qui fut la plus extraordinaire des  arches naturelles jamais observées  sur la planète.

archedesKerguelenTimbre2001.jpgFigure 8. Timbre des TAAF  YT 296, 2001

 

Pour finir citons un dernier témoin : Jean-Paul Kauffmann. Avec « l’Arche des Kerguelen », l’écrivain a livré en 1993  une méditation littéraire et poétique qui n’a pas peu contribué à mieux faire connaître ces terres désertes et désolées ainsi que notre arche, leur figure emblématique. D’autant que son livre a fait l’objet de plusieurs rééditions. Merci à lui également.

 

archedesKerguelenJPKFlammarion.jpg archedeskerguelenJPKFranceLoisirs.jpg archedeskerguelenJPKPoche2

Figures 9 A, B, C. Trois couvertures, trois éditions du récit de J.P. Kauffmann: Flammarion,
Table-Ronde/Poche, France –Loisirs, trois illustrations de l’Arche.

Bibliographie sommaire :

Ouvrages et conférences de Gracie Delepine

Récits de Raymond Rallier du Baty

Ouvrages et rapports d’Edgar Aubert de la Rue

Jean-Paul Kauffmann, ouvrage précité

Notices de l’Administration Philatélique des T.A.A.F.

Question annexe : « Mais au juste, où sont telles donc ces Îles Kerguelen ? »

Réponse :

carteantarctique.jpgFigure 10. « Sous les 50 ° hurlants »

MK - APN

Repost 0
Published by APN - dans Insolite
commenter cet article
20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 10:23

 Souvenirs de voyage

LES ORCHIDEES DE CUBA

En décembre 2002, tout juste débarqué à Santiago (de Cuba), point de départ d’un périple touristique à travers l’île jusqu’à La Havane, quelle ne fut pas ma surprise d’entendre le guide local expliquer que, pour expédier du courrier à l’étranger, il ne fallait utiliser que les timbres représentant «des orchidées».

   TP 1 rec

  Figure 1

Les tarifs annoncés étaient pour la France : 50 c pour la carte postale et 65 c  pour la lettre simple.

L’explication ne m’est venue que petit à petit les jours suivants : compte tenu du très faible niveau de vie des habitants, il n’est pas rare qu’un courrier «manifestement touristique» n’arrive pas à destination, les employés de la Poste récupérant les timbres pour leur usage personnel ou pour les revendre. C’est pourquoi les autorités ont décidé que les timbres « orchidées » seraient réservés à l’usage international et interdits à l’usage intérieur. Dans ces conditions, le vol des timbres devient sans intérêt, voir dangereux. Et en effet, tous les courriers envoyés sont bien parvenus à leurs destinataires au bout de deux à quatre semaines. La deuxième surprise est venue en cours de voyage. Les tarifs semblent variables en fonction du lieu. Ainsi la carte postale est passée à 65 c (Fig. 2) et la lettre à 85 c (Fig. 3) à Guardalavacca dans la province de Holgin. Peut-être un supplément dû au fait que le bureau de l’hôtel prenait en charge le courrier pour le déposer à la Poste locale ? Impossible d’obtenir une explication claire.

Fig 2 ret
Figure 2 - Carte postale affranchie à 65 c.

Fig 3 Lettre affranchie à 85c ret
Figure 3 - Lettre affranchie à 85 c.

Le plus simple est donc d’utiliser les cartes «pré-payées» c’est-à-dire des entiers postaux illustrés que l’on peut acheter à peu près partout. Les marques de «Port payé» ont quatre illustrations différentes :

-         poissons

-         drapeau

-         monuments

-         sans illustration «Correos de Cuba»

Fig-4-Les-4-modeles-de-Cartes-prepayees-avec-ou-copie-1.jpgFigure 4 - Cartes prépayées avec ou sans illustrations.

Un peu de fiscalité pour finir : les taxes d’aéroport ayant augmenté le 1er janvier 2003, passant de 20 à 25 $ par passager, l’administration a, à la hâte, surchargé les timbres fiscaux de 2002 revêtant les cartes d’accès à bord des avions.

Fig-5-Carte-d-embarquement-avec-timbre-fiscal-surc-copie-1.jpg

  Figure 5 - Pour un embarquement le 4 janvier 2003.

APN Janvier 2011

Repost 0
12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 12:20

Timbre-personnalise.jpg

Ce timbre est réalisé à l’occasion de la publication de la traduction française de la pièce de «théâtre à lire» La Couronne de montagne, poème dramatique de Pierre II Petrović Njegoš (1813-1851), prince et évêque du Monténégro.


L’illustration reproduit un tableau (huile sur bois contre-plaqué d’env. 50 cm de long sur env. 35 de haut) du peintre italo-monténégrin Pero (Pietro ou Piero, en italien) Poček, né dans la capitale Cetinje en 1878. Ami de la reine d’Italie, Elena (épouse de Victor-Emmanuel III et fille de Nicolas Ier, prince puis roi du Monténégro), il épouse en 1911 Umberta Griffini, filleule du roi d’Italie Umberto Ier, assassiné en 1900. Il acquiert la nationalité italienne en 1924 et meurt à Genzano di Roma en 1963. Il est notamment l’auteur d’une série de tableaux qui illustrent des scènes de La Couronne de montagne [Gorski vijenac], dont 37, de petites dimensions, se trouvent au Musée Biljarda de Cetinje et dont un autre, de grandes dimensions (5 mètres de long sur 3 mètres de haut, intitulé Gusle, collection privée), a obtenu le Grand Prix de l’Exposition de Rome en 1911.

Le tableau, intitulé Vijećanje o borbi (Discussion sur le combat), présente l’assemblée des chefs monténégrins tenue dans le cloître du monastère de Cetinje pour décider quelle action ils doivent entreprendre contres leurs «frères» turquisés, qui sont à leurs yeux au service de la puissance ottomane (Acte II, scène 1). Des symboles chrétiens et turcs y sont ainsi représentés, pour illustrer la pénétration de l’islam au cœur même du Monténégro orthodoxe. Sur le timbre, dans la partie inférieure du tableau, sont inscrits le nom de l’auteur et le titre de son drame en serbo-croate. Les inscriptions entourant le tableau se réfèrent à la récente édition de la traduction française par Antoine Sidoti et Christian Cheminade aux éditions Non Lieu.

C’est la première fois qu’une œuvre de ce peintre est reproduite sur un timbre en France. Cependant, ce tableau est reproduit (monochrome) sur le recto du timbre de 20 c. de la série émise en 1943 pour le Monténégro par l’occupant italien (Y&T n° 30). Dans la Yougoslavie de 1999, composée seulement de la Serbie et du Monténégro, un timbre est illustré avec un autoportrait de Poček (Y&T, poste d’usage courant n° 2776, dans le feuillet des personnages célèbres n° 2774-2781).

Pour en savoir plus : Antoine SIDOTI, L’utilisation du poète Njegoš du fascisme au titisme. Timbres-poste et propagande en Yougoslavie, Paris, Édilivre, « Coll. Universitaire », 2008, p. 45-50 pour la biographie du peintre et p. 77-148 pour l’analyse détaillée des illustrations (recto) et du texte (verso) des timbres-poste émis en 1943 (Y&T, Monténégro “Occupation italienne”, poste d’usage courant 28-37). Voir aussi les références contenues dans Pierre II Petrović NJEGOŠ, La Couronne de montagne…, Traduction, introduction et notes par Antoine Sidoti et Christian Cheminade, Paris, Non Lieu, 2010, p. 84-85 et dans les notes du texte de la pièce.

Pour renseignements, s’adresser à : Amicale Philatélique de Nanterre – Villa des Tourelles - 9, rue des Anciennes Mairies 92000 Nanterre. Joindre une enveloppe timbrée avec adresse du destinataire pour la réponse.

Rappel : L’éditeur a le plaisir d’offrir gracieusement un exemplaire du timbre personnalisé, conçu pour cette occasion, aux trente premiers philatélistes qui commanderaient directement l’ouvrage auprès de ses services. L’éditeur ne vend donc pas le timbre.

 

Repost 0